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10 septembre 2015

Le poids des mots, le choc des photos

par Guillaume Foucault

La photo d'Aylan Kurdi, mortellement échoué sur une plage turque, a fait l'effet d'une bombe médiatique. Pleine d'atomes de compassion, sa déflagration a défiguré en quelques instants tous les préjugés des Européens et l'image stéréotypée des migrants dans des esprits anesthésiés.

Les effroyables cris des 700 noyés, au large de la Sicile, au mois d'avril dernier, n'ont pas fait autant de bruit. L'imprégnation rétinienne de l'image de cet enfant tombé pour la cause de son peuple, aura, à n'en pas douter, autant de longévité que celle de Wang Weilin, cet étudiant bloquant une colonne de chars d'assaut place Tiananmen. La chute du mur de Berlin, la fleur au fusil à Washington ou « la fille au napalm » de la guerre du Vietnam, sont autant de clichés qui ont bouleversé la façon dont le public envisageait des événements. À chaque fois, le choc de la photo a bouleversé les mots.

Le claim de Paris-Match prend toute sa dimension avec ce qui sera la photo d’actualité de l’année. Il nous enseigne trois concepts importants qui sont autant de fondamentaux de la communication.

D’abord, que la vitesse ou la multiplication des sources de diffusion de l’info ne remplacent pas la puissance de l’émotion. Car c’est bien plus la décharge d’électricité qui parcourt la colonne vertébrale de chacun à la vue de cette photographie que sa qualité artistique ou informative qui a bouleversé le monde. Qu’il y ait des chaînes d’info, des sites d’actualité, des Facebook ou des Twitter n’y change rien, la force de l’émotion a tout aspiré puis balayé tel un tsunami.

Ensuite, avec un peu de recul, on note aisément que les considérations les plus établies ont évolué. Le message, l’idée, le concept ou l’histoire nés de ces instantanés – couleurs ou noir et blanc – ont changé le cours des choses. En Europe, les populations les plus fermées à l’arrivée des migrants hier sont celles qui les réclament et les acclament aujourd’hui.

Enfin, l’émotion génère l’imprédictible. À l’instar du battement d’aile de papillon déclenchant une tornade à l’autre bout du monde, une communication peut avoir des conséquences extrêmes.

 

Ref : Le mur de Berlin (http://lc.cx/ZzHy) ; Aylan Krdi par Nilufer Demir (http://lc.cx/ZzVJ) ; la fille au napalm de Nick Ut (http://lc.cx/ZzVc) ; Le tank man de Tiananmen (http://lc.cx/ZzVp) ; la filles à la fleur contre la guerre de Marc Riboud (http://lc.cx/ZzVN)