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Le Figaro.fr source : Le Figaro.fr

21 juillet 2015

Accident de com à la FIFA

par Guillaume Foucault

Décidément, la FIFA a de vrais problèmes de communication. La pluie de billets de un dollar qui est tombée sur la tête de Sepp Blatter, son président, en pleine conférence de presse, s’apparente à une défaillance de ses services de communication autant que de sécurité. Lorsqu’une institution ou une entreprise traverse une crise, ces deux entités doivent savoir travailler main dans la main et se coordonner. Cet arrosage – photogénique à souhait – pouvait certainement être évité. À l’instar de tout autre attentat à l’image.

Éclaboussée par un scandale international de corruption, la FIFA est en crise. Son président a été contraint d’annoncer sa démission pour la fin 2015. Hier, il venait annoncer à la presse, réunie pour l’occasion en conférence, que son successeur prendrait ses fonctions en février 2016. C’est cette occasion qu’a saisie un comédien anglais pour ridiculiser à la fois la FIFA et son président.

La première question qu’il faut se poser, c’est : comment un comédien peut-il entrer dans une conférence de presse ? La réponse : si la FIFA avait géré sa presse, il n’aurait jamais pu entrer. En effet, seuls les journalistes sont accrédités pour les conférences de presse. Il en est ainsi pour toute entreprise bien gérée et c’est normalement le cas pour la FIFA qui sait parfaitement filtrer l’accès des stades aux seuls journalistes sportifs lors des compétitions qu’elle organise. Il en est de même pour la sécurité. Les footballeurs sont inabordables lors des grandes compétitions et leur environnement sécurisé par cette même FIFA.

L’équipe de Sepp Blatter semble donc responsable de cet incident qui pouvait être évité de plusieurs manières, notamment par un filtrage efficace des journalistes. Le G7, Davos ou la WPC où se côtoient les grands de ce monde effectuent un travail minutieux pour délivrer les badges presse. Journaliste est un métier, pratiqué par des professionnels. Faire entrer n’importe qui dans une conférence qui leur est réservée, pour qu’ils travaillent, est un manque de respect à leur égard.

Au-delà de ce filtrage qui semble évident, l’entourage du président de la FIFA pouvait le protéger. L’accès physique à Sepp Blatter, le fait que le comédien Simon Brodkin ait pu l’approcher, est assez incroyable. En période de crise, il convient de prendre plus de précautions. Lors d’assemblées générales houleuses où des actionnaires activistes avaient tenté un putch sur une société cotée à Paris, nous avions fait appel à une équipe de sécurité ultra discrète. Tous anciens des services spéciaux, nos agents de sécurité, femmes et hommes, étaient discrètement positionnés dans la salle et derrière le rideau. Nous avions pris soin de mettre le président de l’entreprise, l’administrateur judiciaire et notre conseil sur une estrade avec deux escaliers d’accès qui pouvaient être bloqués en un instant. Lorsque les putchistes ont fait le coup de poing, ils ont été bloqués et se sont arrêtés nets.

Dans cette même veine, les groupes cotés en bourse, dont les équipes relations investisseurs sont aguerris aux crises, scannent avec attention la liste des actionnaires ayant annoncé leur présence à une AG. Ils font le tour des services avant l’événement pour demander à chacun s’il y a une personne « à risque » qui pourrait venir la perturber. Ainsi, une petite entreprise mal traitée par un conglomérat du CAC 40 refusant de lui payer des dépassements pourtant demandés, avait envisagé de se rendre à une AG pour interpeller le président de ce Goliath du business. Bien lui en a pris, puisque les négociations se sont débouclées comme par magie lorsque son nom a été repéré dans la liste des actionnaires décidés à venir à l’AG.

En matière de conférence de presse, la prévention est une solution. Ainsi, lorsqu’une conférence est « à risque », on peut, outre filtrer drastiquement les entrées, établir un sas entre l’entrée et la salle de conférence. Ainsi, on conserve la possibilité de gérer et on garde la main sur l’événement. Quant aux comédiens qui voudraient s’infiltrer, ils seront éconduits. S’ils déjouent le premier cordon de sécurité, alors ils sont tenus à bonne distance avec un périmètre de sécurité entre le speaker et la salle.

La FIFA vit des heures sombres en matière de communication. Son image a été poignardée à maintes reprises maintenant. Assis sur son nuage de milliards, son président n’a rien vu venir. Un peu comme s’il s’était fait entarter.